Au coeur de l'impunité 7 février 1986 : rejet de la dictature Exposition virtuelle Bibliothèque Soumettre un document

date: 2015-02-07 00:00:00 UTC

Titre: Transition démocratique de 1986 à 1994

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TABLEAU RÉCAPITULATIF

Date des principaux événements, de 1986 à 1994

 

1986 : DÉPART DE JEAN-CLAUDE DUVALIER

Des organisations populaires émergent avec la volonté de participer au processus de démocratisation du pays.

6 février - Le premier Conseil National de Gouvernement dirigé par Henri Namphy est institué. C’est une junte formée de civils et de militaires. Selon certains observateurs, elle a été formée par Jean Claude Duvalier lui-même avant son départ. Il prend fin le 20 mars 1986. Le deuxième Conseil de Gouvernement monte au pouvoir le 21 mars de la même année et dure jusqu’au 7 février 1988. Il est composé notamment de Henry Namphy et de William Régala.

7 février - Le dictateur Jean-Claude Duvalier et son épouse Michèle Bennett quittent Haïti.

26 avril - L’armée ouvre le feu sur des manifestants devant la prison Fort Dimanche. Une quinzaine de personnes sont tuées. Elles voulaient rendre hommage aux victimes des Duvalier. Aucune enquête n’eut lieu après la tuerie.


1987 : NOUVELLE CONSTITUTION HAÏTIENNE ET SABOTAGE DES PREMIÈRES ÉLECTIONS

29 mars - Adoption de la nouvelle constitution

3 juillet - Massacre de 22 dockers en grève par l’armée. Ce massacre ne fut l’objet d’aucune enquête.

23 juillet - Soudoyés par de grands propriétaires terriens, des groupes paramilitaires et des macoutes tuent au moins 139 paysans à Jean-Rabel. L’enquête menée par une Commission judiciaire n’a pas abouti.

29 novembre - Un groupe de militaires en civil et des macoutes tirent sur des gens s’apprêtant à voter. Selon les estimations, un total de 200 personnes sont tuées à Port-au-Prince, tandis qu’une soixantaine d’autres trouvent la mort dans l’Artibonite. 
 

1988 : ÉLECTIONS FRAUDULEUSES ET COUPS D'ÉTAT

17 janvier - Élections présidentielles truquées : Lesly Manigat devient président.

20 juin - Coup d'État du général Namphy.

11 septembre - Attaque contre St Jean Bosco, selon certaines estimations plus de 13 personnes sont tuées. 

17 septembre - Coup d'État du général Avril.


1990 : PREMIÈRES ÉLECTIONS DÉMOCRATIQUES HAÏTIENNES

10 mars - Départ de Prosper Avril pour l’exil.

13 mars - La juge Ertha Pascal Trouillot devient présidente provisoire.  

16 décembre - Élection du prêtre Jean-Bertrand Aristide à la présidence.


1991 : ASSASSINATS ET COUPS D'ÉTAT

7 janvier - Tentative infructueuse de coup d’État par l’ancien chef des tontons macoutes, Roger Lafontant. 75 personnes auraient perdu la vie. Lafontant est condamné à perpétuité, ainsi qu’une quinzaine de soldats et de macoutes complices.

7 février -Investiture de Jean Bertrand Aristide, premier président élu démocratiquement dans l’histoire nationale, avec plus de 67% des voix.

29 - 30 septembre - Assassinat de Roger Lafontant dans sa cellule durant la nuit dans des circonstances non élucidées.

30 septembre - Assassinat aux Cayes de Sylvio Claude, leader du Parti Démocrate Chrétien Haïtien (PDCH). Ce meurtre n’a jamais été élucidé. Cependant, les principaux dirigeants de son parti pointent du doigt certains partisans d’Aristide comme étant responsables de l’assassinat.

30 septembre - Coup d’État du général Raoul Cédras. Celui-ci garde le pouvoir jusqu’au 13 octobre 1994. Ce coup d’État fut de loin le plus sanglant de l’histoire du pays, plus de 3 000 morts, des centaines de personnes emprisonnées et des dizaines de milliers de déplacés. Aristide est exilé.       


HAÏTI AU TEMPS DU COUP D'ÉTAT ET DE L'EMBARGO

Durant les deux premières semaines qui ont suivi le coup d’État, à travers le pays, des entrepôts de nourriture paysanne furent pillés et les bétails massacrés.  

7 octobre - Arrestation et torture du maire de Port-au-Prince, Evans Paul.

29 octobre - L’administration Bush est contrainte de suspendre toute relation commerciale avec Haïti, la nourriture de base et les vols commerciaux n’y sont pas inclus.

8 novembre - À Ranquitte (département du Nord), arrestation de plusieurs membres d’organisations paysannes et ecclésiastiques.

10 - 13 novembre - Envoi d’une délégation de l’OEA. Son objectif fut un échec. Il consistait à trouver une solution négociée à la crise.

14 novembre - Arrestation de 130 étudiants membres de la FENEH (Fédération Nationale des Étudiants Haïtiens) après que cette dernière ait appelé à une conférence de presse.

15 novembre - Retour en Haïti de 538 réfugiés haïtiens (boat people) par le garde-côte américain.

15 décembre - Arrestation massive à travers le pays de plusieurs membres d’organisations populaires et paysannes. L’objectif est d’empêcher toutes formes d’activités célébrant le premier anniversaire de l’élection d’Aristide. Au cours de la même période, une radio clandestine duvaliériste, radio VSN-57, commence à diffuser des programmes à destination de tous les macoutes. Le speaker invite ces derniers à traquer les partisans d’Aristide pour «les écraser, les manger et boire leur sang[1].» On assiste également à une remise en place de facto des chefs de section, cette force paramilitaire qui expropriait et exploitait les paysans à l’époque du duvaliérisme.

Tout au long du mois de décembre, plusieurs organisations populaires ont été ciblées par la répression. En particulier : le MPP (Mouvement Paysan Papaye), le Konbit Komilfo, Mouvement des Jeunes de Labadie, le Groupe de Défense des Planteurs de l’Artibonite, la Confédération Automne des Travailleurs Haïtien (CATH), le projet d’alphabétisation ALPHA, le Mouvement des Jeunes Paysans de Lascahobas et l’Organisation Populaire du 17 Septembre.

Au cours de cette période, plusieurs prêtres, dont Antoine Adrien et William Smarth, furent intimidés et harassés. Certains ont été incarcérés et relâchés. Démantèlement systématique de la presse indépendante. Plusieurs journalistes sont arrêtés et torturés. Félix Lamy, directeur de radio Galaxie, a été kidnappé et porté disparu. 

24 décembre - Par décret, le régime militaire amnistie les criminels duvaliéristes incarcérés, parmi lesquels le tortionnaire Luc Désir, Carmen Christophe, Virginie Saint Pierre, etc.


L’année 1992 fut marquée par la continuation et le renforcement de l’oppression contre particulièrement les organisations populaires et paysannes. Les Arrestations, intimidations et harcèlements poussèrent des milliers de militants à prendre le maquis ou à s’exiler. Si à l’époque, la répression fut systématique et brutale, elle allait prendre une ampleur insoupçonnée et dramatique au cours des deux années qui suivirent. Signalons la nomination de Marc Bazin comme premier ministre par le président provisoire Joseph Nérette, le 4 juin.


1993 : PREMIÈRE MISSION DE L'ONU EN HAÏTI ET ACCORD DU GOVERNORS ISLAND

14 février - Envoi de la Mission Civile Internationale en Haïti (MICIVIH).  Le mandat de la Mission est «d’aider» à faire respecter les droits de l’homme dans le pays, tel que prescrit par la Constitution de 1987. À la fin du mois de mars, la Mission dispose d’un bureau dans chacun des chefs-lieux des neuf départements. Cependant, harcelée et intimidée par les militaires, la Mission est obligée de suspendre ses enquêtes et de plier bagages dès le mois d’octobre de 1993. 

16 juin  - L’ONU impose un embargo touchant le pétrole et les armes.

3 juillet - Accord du Governors Island. Cet accord, signé par le gouvernement d’Aristide en exil et le gouvernement militaire, prévoit la mise en place de la transition politique et le retour d’Aristide pour le 30 octobre.

23 août - Robert Malval, après avoir été nommé par Aristide, est ratifié par le Parlement comme premier ministre. Son installation eut lieu à l’ambassade d’Haïti à Washington.

Septembre - Formation de l’organisation terroriste d’extrême droite FRAPH (Front pour l’Avancement et le Progrès d’Haïti) au cours du mois de septembre. Son principal dirigeant et porte-parole, Emmanuel (Toto) Constant, se réclame ouvertement d’obédience duvaliériste (version Papa Doc) et met tout en œuvre pour empêcher le retour à l’ordre constitutionnel. Pendant une période de 10 mois, le FRAPH met en place systématiquement une campagne de terreur en perpétuant massacres, assassinats, tortures de militants d’organisations populaires, paysannes, de droits humains et syndicales. Selon plusieurs organisations, le FRAPH est  responsable pour plus de la moitié des tueries effectuées au cours de la période du coup d’État. Soulignons que des études ont montré le lien existant entre le FRAPH et la CIA[2].  

11 septembre - Assassinat d’Antoine Izméry. Partisan farouche d’Aristide, Izméry assistait à une messe de commémoration des victimes du massacre de St. Jean Bosco (11 septembre 1988) et du coup d’État, quand un individu armé interrompit le service et lui intima l’ordre de le suivre. Il fut trainé dehors par l’assassin qui le força à s’agenouiller avant de l’abattre.

14 octobre - Assassinat de Guy Malary, ministre de la justice du gouvernement de Malval.

27 décembre - Massacre de Cité Soleil. Plus de 37 personnes sont tuées par les membres du FRAPH, 26 autres sont portées disparues. Plus de mille maisons sont incendiées.


1994 : MASSACRES DE POPULATION CIVILE, INTERVENTION MILITAIRE ET RETOUR DE JEAN BERTRAND ARISTIDE

2 - 3 février  - Dans la nuit du 2 au 3 février, des soldats mettent le feu à une maison du quartier de Carrefour Vincent (bidonville de Port-au-Prince) et abattent sept occupants qui essaient de s’y échapper. Ces victimes sont des jeunes qui appartiennent à des organisations luttant pour le retour à la démocratie.

22 avril  -  Massacre de Raboteau (bidonville des Gonaïves). 14 personnes sont tuées par les membres du FRAPH et de l’armée.

31 juillet - Le Conseil de Sécurité de l’ONU autorise une intervention militaire en Haïti pour rétablir l’ordre constitutionnel.

28 août - Assassinat de Jean-Marie Vincent. Prêtre engagé, Vincent militait dans l’éducation, l’environnement et l’économie paysanne. Le père Jean-Marie Vincent a survécu à plusieurs tentatives d’assassinat, notamment celui perpétré par des grands propriétaires terriens à Freycineau (près de Saint-Marc) où il avait été gravement blessé. Survenu au cours du régime militaire, le meurtre de Vincent n’a jamais fait l’objet d’enquête. 

13 octobre - Départ de Raoul Cédras pour le Panama, après que celui-ci eut été persuadé par Jimmy Carter et Colin Powell de laisser le pays.

15 octobre  - Accompagné de militaires américains, Jean-Bertrand Aristide rentre en Haïti. 

 


[1]Return to the Darkest Days, Human Rights in Haiti since the Coup, America Watch, National Coalition for Haitian Refugees, December 30, 1991.

[2]Voir : Whitney, Kathleen Marie (1996), "Sin, Fraph, and the CIA: U.S. Covert Action in Haiti", Southwestern Journal of Law and Trade in the Americas, Vol. 3, Issue 2 (1996), pp. 303–332.

 

 


Title: Faits saillants de 1986 -1994
Description:
Tableau récapitulatif mais non exhaustif : date des principaux événements de 1986 à 1994. Après le départ de Jean-Claude Duvalier, violence et répréssion contre la population marquent cette période considérée comme la première phase d'une transition démocratique avortée.

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