Au coeur de l'impunité 7 février 1986 : rejet de la dictature Exposition virtuelle Bibliothèque Soumettre un document

date: 2015-02-07 00:00:00 UTC

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Bonjour et adieu à la transition

de Jean-Claude Duvalier à Prosper Avril

Par Edgard Gousse


À celles et à ceux qui n’y étaient pas ou qui n’avaient pas l’âge de comprendre

« Tous ces prétendus hommes politiques sont les pions, les cavaliers,
les tours ou les fous d’une partie d’échecs qui se jouera tant
qu’un hasard ne renversera pas le damier. »

Honoré de BALZAC, écrivain français (1799-1850)

Armée duvaliériste. Sur cette photo, 1ère rangée à partir de la gauche : Henri Namphy (au milieu),  René Prosper et Monod Philippe;  
2e rangée, à partir de la droite : Franck Romain; 3e rangée, 1er à droite: Williams Régala.  Source: Cidihca.com

 

Au départ de Jean-Claude Duvalier en février 1986, la voie était toute pavée pour une transition post-dictatoriale en Haïti. Les couches exploitées restaient encore en mouvement. Tout le monde avait repris confiance et manifestait vertement sa foi en la culture du pays. Les Haïtiens eux-mêmes en venaient brusquement à se rappeler qu’ils avaient été capables d’alimenter une révolution puis de construire « quelque chose » dans les interstices mêmes de la colonisation, et cela, comme s’il s’agissait d’hier. L’impérialisme américain qui avait soutenu le régime des Duvalier jusqu’à n’en plus pouvoir resta éberlué. L’impression qui s’en dégageait au premier abord était que la sortie de la dictature coïnciderait automatiquement avec la sortie de crise. Autant dire qu’une aspiration de changement radical des situations sociale, économique et politique faisait palpiter le cœur des couches populaires et de la jeunesse du pays.


Or, 28 ans après ce départ, le pays patauge encore aujourd’hui, avance, recule et ne va nulle part. La déception est donc énorme, alors que le cadre politique devient de plus en plus contraignant. La situation est telle, à ce moment précis de l’histoire, que le tableau de bord des indicateurs[1] de développement signale clairement qu’Haïti se retrouve nettement en dessous de la barre dans l’apprentissage de la croissance économique. Qu’est-ce à dire ?

Au lendemain de février 1986, il est vrai, de nombreuses manifestations se sont inscrites dans le cadre des changements à opérer dans les structures sociétales et les institutions politiques. Nombreux par ailleurs étaient ceux ayant enfreint des droits et qui jouissent aujourd’hui encore de l’impunité. L’application de la justice, l’épineux problème du désarmement, les violations des droits attribuées à des membres de l’armée constituaient le tout premier lot des lacunes à combler. Force était de constater toutefois que la détérioration s’aggravait continuellement, en raison principalement des différents gouvernements militaires qui se sont succédé et des nombreux coups d’État qui ont été l’apanage d’une bonne tranche de cette étape post-dictatoriale. De plus, l’embargo économique qu’accompagnait et que prolongeait l’instabilité politique instaurée depuis lors débouchait sur une situation socioéconomique désastreuse. Et la transition ne finissait pas !

Nous sommes donc amenés à proposer une analyse un peu plus en profondeur des problèmes conjoncturels actuels, pour mieux comprendre et mieux interpréter les dissensions et les errements du peuple d’Haïti, reflet ou écho des errements inhérents aux classes politiques traditionnelles et aux élites intellectuelles éreintées qui n’ont pas su assumer leurs responsabilités. Les remous de la société, en regard des contradictions qui ont suivi le départ de Baby Doc Duvalier, ne constituaient pas, à proprement parler, le réveil attendu. Loin de là ! Le réveil de la conscience nationale paraissait autre chose que cela.

 

Le général Henri Namphy, mars 1984
Source : Cidihca.com

François Duvalier, Simone Ovide Duvalier, Jean-Claude Duvalier
et l'officier Henri Namphy (2e ligne). Source : Cidihca.com

 

 

 



Revenons un peu en arrière et abordons le problème sous un angle différent. Nous sommes à la fin d’un régime totalitaire. Jean-Claude Duvalier fait ses valises et une junte civilo-militaire dirigée par le général Henri Namphy prend les rênes du pouvoir. En l’espace de quelques heures, tout un lien social semble se tisser entre les différentes classes. C’est l’euphorie générale. Des moments d’extase physique ou affective, mêlée d’une certaine frustration et d’un défoulement collectif. Quoi d’inimaginable ?… La population descend dans les rues… On boit, on se soûle et on fait la fête. On ne rêve donc pas !

Ce premier Conseil national de Gouvernement (CNG) qui dura du 6 février au 20 mars 1986 était composé de deux civils et de quatre militaires : le général Henri Namphy qui faisait office de président, le colonel Williams Régala, le colonel Max Vallès, le colonel Prosper Avril[2], Maître Gérard Gourgue[3] et l’ingénieur Alix Cinéas[4].

Le colonel Prosper Avril au mariage de Jean-Claude Duvalier et de Michèle Bennett, 27 mai 1980. Source : Telegraph.
Le putchiste Prosper Avril, le président haïtien Michel Martelly et de l'ex-tyran Jean-Claude Duvalier, et leurs épouses respectives, aux Gonaïves le 1er janvier 2014.


La démission soudaine de Gérard Gourgue, le 20 mars, en raison de sérieuses divergences politiques[5] avec le nouveau « maître du pays », occasionna un rapide remue-ménage au sein du CNG. Namphy procéda dès le lendemain à la reconstitution du Conseil national de Gouvernement, tout en présentant un message à l’attention du peuple :
 

« Le 7 février 1986, après avoir tant souffert, pendant les 29 dernières années, d’un pouvoir absolu qui a conduit le pays au bord de l’abîme, la nation haïtienne enfin s’était réveillée à une ère nouvelle. Toutefois, l’attendaient encore des moments difficiles au cours desquels la paix et l’ordre, éléments indispensables à l’organisation d’un État stable marchant vers une saine démocratie, étaient menacés.

L’incompréhension de certains, jointe à l’aveugle ambition d’autres, n’a pas manqué de ralentir le rythme auquel le Conseil national de Gouvernement s’était mis à la tâche, avec pour seul objectif de satisfaire tous les desiderata d’un peuple assoiffé de liberté et de justice.

Des individus malintentionnés, adroits dissimulateurs, cherchant à dérober au peuple les fruits de sa victoire, ont entretenu à travers le pays un climat de violence, d’agitation, de désordre, susceptible d’entraîner la nation dans une voie dont l’issue désastreuse n’est que trop prévisible.

Face à de telles difficultés et en présence des dangers qu’elles font peser sur le devenir de la patrie commune, les Forces Armées d’Haïti ont décidé de reconstituer le Conseil national de Gouvernement, après la démission de certains de ses membres.

Le Conseil national de Gouvernement est désormais composé comme suit : lieutenant-général Henri Namphy, FAD’H, président ; colonel Williams Régala, FAD’H, membre ; Me Jacques François, membre.

En tant que Gouvernement provisoire, il réitère sa foi dans le destin de la Nation et continuera à garantir l’ordre, la paix et la sécurité des familles et des biens, condition indispensable à la réalisation, dans le meilleur délai, d’élections libres et démocratiques. »[6]


Évidemment, le peuple croyait voir en Namphy, qui profitait passablement bien d’une circonstance historique, un messie, un envoyé de la Providence. Namphy prit conséquemment deux mesures — il les avait jugées suffisamment symboliques pour détourner le peuple et les militants de la réalité — en proclamant d’une part, le 15 février 1986, la dissolution du corps des Volontaires de la Sécurité nationale (VSN) ou corps des Tontons macoutes, et en réhabilitant d’autre part, le 17 février, le drapeau bleu et rouge[7]. Et l’homme fut vite devenu le « Chouchou » rêvé, tant et si bien qu’il finit par accepter le surnom proposé. Allons voir !

Le contexte politique dans lequel le peuple haïtien s’est libéré de la dictature des Duvalier obligeait naturellement le général Henri « Chouchou » Namphy à organiser « au plus vite » des élections (municipales, législatives et présidentielle), de façon à donner une trajectoire méritée à la transition. Mais laquelle ?… quand on sait que les prétoriens du régime duvaliérien, largement représentés par la junte au pouvoir, étaient encore en place au pays et n’attendaient que l’occasion pour se manifester ouvertement. Voyons voir !

 

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Title: Bonjour et adieu à la transition, de Jean-Claude Duvalier à Prosper Avril
Description:
Plonger avec Edgard Gousse dans la fabrication de la transition post-duvaliériste dite "démocratique", avec les principaux acteurs, la mise en place des Conseils de gouvernement, l'élection de Manigat, les coups d'état jusqu'à l'entrée en scène de Mme Ertha Pascale-Trouillot. Publié le 23 octobre 2014, 13 pages.

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